Dans le secteur de l'aide à domicile, les difficultés de recrutement, le turnover, les imprévus et les tensions du quotidien font presque partie du paysage.
Face à ces réalités, beaucoup cherchent de nouveaux outils de management.
L'expérience de Soline Bréhin, directrice de Proxim Services dans le Maine-et-Loire, raconte autre chose.
Elle montre que le changement ne commence pas toujours par une nouvelle méthode. Il peut commencer par une évolution plus discrète : la manière dont un dirigeant écoute, fait confiance et accepte progressivement de lâcher prise.
Avec des conséquences très concrètes :
- Des salariés qui osent davantage exprimer leurs difficultés ;
- Des équipes qui proposent elles-mêmes des solutions lorsque l'organisation est sous tension ;
- Une relation de confiance qui se renforce ;
- Un turnover qui diminue progressivement ;
- Une réputation employeur qui se développe localement.
Aucun grand plan de transformation. Aucune réorganisation spectaculaire.
Simplement une autre façon de manager qui, peu à peu, produit d'autres comportements.
Apprendre à laisser de l'espace
Lorsque Soline Bréhin rejoint le parcours managérial proposé par le Conseil Départemental du Maine-et-Loire et animé par Sens Collectif, elle est déjà coach professionnelle.
Pourtant, elle y découvre quelque chose qui complète sa pratique.
Ma formation de coach m'a aidée individuellement. Avec Sens Collectif, j'ai trouvé un apport complémentaire beaucoup plus pragmatique pour le collectif.
Le premier changement semble presque anodin.
Aujourd'hui, les périodes de silence ne sont plus un problème pour moi.
Là où elle aurait autrefois cherché à alimenter immédiatement l'échange, elle laisse désormais davantage de place à la réflexion de l'autre.
Une évolution qui change profondément la qualité du dialogue.
Passer du réflexe de contrôle à la recherche collective de solutions
L'un des épisodes qui a marqué Soline Bréhin se déroule au cours de l'été 2026.
Les arrêts de travail se multiplient, les plannings sont sous tension et les équipes fatiguées.
Plutôt que d'arriver avec des solutions toutes faites, elle choisit d'exposer simplement la situation aux salariées.
Ce qui se passe ensuite la surprend : certaines proposent spontanément des ajustements de planning pour aider leurs collègues et maintenir la continuité du service.
Le fait d'exposer la difficulté et de laisser l'espace aux autres pour proposer des solutions assainit l'ambiance. Tout le monde devient acteur.
Cette expérience devient un déclic.
La directrice n'est plus seule à porter les réponses. Le collectif prend sa part.
Se rendre compte que l'on n'a pas besoin de tout contrôler
Comme beaucoup de managers, Soline Bréhin connaissait bien la sécurité du contrôle.
Au fil des ateliers, une autre posture s'installe.
Plus de sérénité et être moins dans le tout contrôle.
Ce n'est pas parce qu'on occupe un poste de directrice qu'on doit tout contrôler.
Cette transformation ne s'est pas faite en un jour.
Elle parle de ses doutes, de sa nécessité de préparer les réunions, de la difficulté à accepter que les autres n'avancent pas forcément au même rythme qu'elle.
Quand on laisse plus de place à l'autre, on ne sait pas toujours ce qu'il va nous rendre.
Mais c'est précisément dans cet espace que la confiance se construit.
Une transformation qui infuse
Ce qui frappe dans le témoignage de Soline Bréhin, c'est que très peu de changements ont été imposés.
Elle ne décrit pas une nouvelle organisation, elle décrit un nouvel état d'esprit.
J'ai vraiment l'impression que c'est mon positionnement professionnel qui s'infuse tranquillement.
Aujourd'hui, elle voit davantage de confiance dans les relations.
Les salariés osent plus facilement demander de l'aide ou faire part de leurs contraintes.
Des bénéficiaires recommandent même la structure autour d'eux.
Et certains partenaires lui font le même retour :
«On aime bien travailler avec vous.
Pour Soline Bréhin, ces évolutions sont directement liées au travail engagé depuis plusieurs années avec Sens Collectif.
Les ateliers mensuels, les échanges entre pairs, les temps de recul et les différentes thématiques abordées ont constitué autant de "piqûres de rappel" qui l'ont aidée à ajuster progressivement sa
pratique.
Si j'en suis arrivée là aujourd'hui, vous y avez énormément contribué.
Le prochain défi
Le chemin n'est pas terminé.
Chez Proxim Services, la prochaine étape s'appelle désormais"équipes autonomes".
Un nouveau cap qui suscite à la fois enthousiasme et interrogations.
Mais après avoir appris à faire davantage confiance aux personnes, Soline aborde cette nouvelle étape avec une conviction renforcée :
Les transformations les plus durables ne sont pas forcément celles que l'on impose.
Ce sont souvent celles que l'on fait émerger ensemble.
